Notre-Dame brûle : « J’ai vécu deux fois l’incendie »

15 mars 202210 min

Ex-pompier de la BSPP et collaborateur de Face au Risque, le lieutenant-colonel de réserve René Dosne était sur le parvis de Notre-Dame le 15 avril 2019 lors de l’incendie. Deux ans plus tard, il a été sollicité par l’équipe de Jean-Jacques Annaud en tant que l’un des conseillers techniques du film «Notre-Dame brûle». De la réalité à la fiction, le pionnier du dessin opérationnel et croqueur de scènes de feux nous raconte.

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Un précédent : le feu de la basilique de Nantes

« En allumant la télévision, j’ai vu les premières images de l’incendie de Notre-Dame. Il y avait surtout de la fumée, à peine des flammes qui sortaient sur le toit. Ça m’a tout de suite rappelé les images du feu de toiture de la basilique Saint-Donatien de Nantes, que j’avais faites pour Face au Risque en 2015. J’ai pensé : il va se passer la même chose.

Croquis réalisé par René Dosne le 15 avril 2019 lors de l'incendie de Notre-Dame. Crédit René Dosne

Ils ne pourront pas arrêter le feu, toute la “forêt” va y passer. J’ai aussitôt décidé de faire deux croquis à destination du général Gallet (le commandant de la BSPP à l’époque, NDLR), en présentant les deux risques principaux d’un feu de combles dans une cathédrale.

Le premier, c’est que les poutres enflammées percent la voûte en tombant, comme à Nantes, et allument des feux dans la nef. Le second, c’est que le feu se propage à la structure bois de l’une ou l’autre des tours. Quelques années auparavant, j’avais déjà fait quelques des vues 3D de Notre-Dame à la demande du ministère de la culture, sous l’angle de la sécurité incendie. Et à la faveur de deux interventions anciennes, j’avais pu évoluer dans la « forêt » et la flèche. J’ai donc envoyé mes deux esquisses par mail au général. »

« Sur place, personne ne m’a rien demandé ! »

« Après réflexion, je me suis dit que le général Gallet ne lirait jamais ses mails, étant suffisamment occupé par la situation. Je me suis alors mis en veston-cravate, j’ai imprimé les croquis et j’ai décidé de partir sur place en voiture. Plus j’approchais du secteur, plus il y avait de monde sur les ponts de Paris. Le passage du premier barrage de CRS, au niveau du pont Neuf, a été décisif. J’ai présenté ma carte d’officier de réserve de la BSPP au premier agent qui me faisait signe de circuler, en expliquant que j’apportais des croquis urgents pour l’intervention.

Après de longues minutes de palabres, la barrière s’est finalement ouverte. J’ai passé ensuite les autres barrages sans aucune difficulté, pour aller me garer au plus près, au coin du parvis. Le sol était noir de brandons. Il y avait des policiers partout, mais personne ne m’a rien demandé. J’ai rejoint le poste de commandement où j’ai accroché mes dessins sur le tableau tactique. »

« A posteriori, beaucoup de pompiers me demandent encore : “mais comment as-tu fait pour arriver jusque-là ?” Je leur réponds : “il suffit d’avoir l’air convaincu de sa mission !” »

Tournage sur le parvis de ND (photo R. Dosne)
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Une demi-heure pour sauver Notre-Dame

« En arrivant au PC, j’ai croisé le lieutenant Laurent Clerjeau, le dessinateur opérationnel de garde de la BSPP. Il redescendait du beffroi. Je ne voulais surtout pas interférer avec sa mission, c’était lui le dessinateur opérationnel ce soir-là ! Je me suis rendu compte que les deux risques que j’avais identifiés s’étaient réalisés : le feu était tombé dans la nef, et entrait dans la tour nord. Quand j’ai regardé les flammes qui roulaient derrière les abat-sons du beffroi, je me suis dit que les pompiers allaient au-devant de sérieux problèmes. Là-dessus, je suis tombé sur le général Gallet, qui était en train de prendre la décision d’envoyer une équipe de pompiers dans le beffroi. Nous avons échangé sur le risque de chute des cloches et d’effondrement de la tour. Je lui ai rappelé que dans l’histoire des feux de cathédrales – elles ont à peu près toutes brûlé ! – jamais une tour ne s’était écroulée. Car à ce moment, certains partaient dans un scénario délirant du style des tours jumelles du World Trade Center, avec l’effondrement de la 1re tour de Notre-Dame, entraînant peu après celle de la 2e tour.

J’ai fait remarquer au général l’extraordinaire pouvoir calorifique de la structure de poutres à l’intérieur des murs en pierre – l’équivalent d’un immeuble en bois de 5 étages ! – et le risque que les cloches se décrochent, emmenant tout sur leur passage, pour s’écraser au sol. Un danger extrême pour les pompiers, contraints d’attaquer le feu par en dessous.  Le général a tourné les talons et il a regardé le général Gontier en disant : « On a une demi-heure pour sauver Notre-Dame ».

Rencontre avec Jean-Jacques Annaud

« Courant 2020, le lieutenant-colonel Claire Boët, cheffe du bureau de communication de la BSPP, m’a proposé de rencontrer l’équipe du film. J’étais là pour apporter mon expérience du feu de Notre-Dame. Je ne connaissais pas Jean-Jacques Annaud, tout juste quelques-uns de ses films. Le courant est passé tout de suite. Il m’a posé un milliard de questions sur le feu, le tout avec des yeux d’enfant. À un moment, pour expliquer le départ de feu, j’ai dessiné la cathédrale sur la nappe. Tout ça à l’envers, car j’étais assis en face de lui. Ça l’a impressionné, il s’est exclamé : “Regardez, il dessine à l’envers !” Il buvait mes paroles, c’est un passionné : il voulait que son film

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